L'Inde à vélo en 2001

J'ai fait aussi des voyages en France, à Bangkok (dont voici quelques photos) et au Guatemala (encore d'autres photos). En 2007, j'ai vécu à Kolkata (Calcutta) durant toute l'année pour y faire du bénévolat et voyager dans certaines parties du pays que je n'avaient pas encore vu. C'est donc un retour dans le pays qui m'a le plus marqué de toute ma jeune vie. C'est aussi un test pour moi car je désire fortement travailler pour la réhabilitation des bidonvilles dans les pays en développement et le bénévolat m'a permis de vivre avec ces gens et de savoir que ce genre de milieu est fait pour moi. Vous pouvez avoir plus de détails sur mon séjour en cliquant sur Kolkata2007.
Pour ceux qui préparent un voyage et qui voudraient avoir un peu d'aide pour le contenu de leur sac de voyage, j'ai fait une liste qui vous sera très utile autant pour ceux qui voyagent à pieds, à vélo ou qui font du camping. Cliquez sur le lien qui suit : Équipement de voyage.
J'apprécierais avoir vos commentaires à propos de mes différents blogues.
Bonne lecture,
Philippe Gingras
JOURNAL DE BORD D’UN VOYAGE EN INDE À VÉLO
Janvier à mars 2001
Janvier à mars 2001
En route pour l’Inde
8 janvier
Belle journée qui commence, le soleil est au rendez-vous à Québec. Mon père et moi allons chercher la fourgonnette devant nous menez avec nos boîtes de vélo jusqu’à l’aéroport de Montréal. La nervosité va en augmentant, mais je sens que j’ai encore le contrôle de mes émotions. Au moment de passer les douanes, je décide de ne pas me retourner sachant que ma mère a les larmes aux yeux comme je l’avais vu faire au moment du départ de mon frère aîné pour Paris. L’attente à Dorval ne fut pas trop longue et l’avion décolle à 20h00 comme prévu. L’atterrissage à Amsterdam fut très douloureux à cause d’une dépressurisation trop rapide et j’eus mal à l’oreille gauche durant au moins une heure.
9 janvier
Bien qu’il fasse beau à Amsterdam, nous devons rester à l’aéroport pour attendre notre prochain avion qui est retardé de six heures pour cause de smog intense à Delhi. Nous nous assoupissons donc sur les bancs de l’aéroport. Valérie réussie a s’endormir sous son manteau tandis que moi, comme pour tout le trajet jusqu’en Inde, je ne dormirais pratiquement pas. Nous décollons enfin à 22h30 avec une drôle d’impression, comme si nous étions déjà en Inde : nous sommes entouré d’Indiens dans l’avion. Les odeurs nouvelles emplissent l’air de l’avion et nous dégustons notre premier goûté à saveur indienne.
10 janvier


À la sortie de l’aéroport, il y a plein de monde partout qui rit de notre accoutrement et qui veulent nous aider mais aussi nous toucher. Après quelques pas, on s’arrête pour enlever une couche de vêtement car le soleil vient de percer le nuage de smog et la température augmente rapidement. À côté de nous se trouve un policier armé d’une mitraillette dont Valérie ne cesse de regarder et de me spécifier sa stupeur. En voulant s’éloigner de la ville de Delhi, nous nous sommes perdus du fait de la piètre précision de nos cartes et du manque de points de repère pouvant nous aider à nous diriger correctement. Après plusieurs heures à se promener dans un décor semi-désertique, nous prenons la décision de revenir sur nos pas et de rentrer dans cette mégapole surpolluée et surpeuplée.
Malgré la présence d’une carte du centre-ville dans notre Lonely Planet, nous réussissons à nous perdre à nouveau. Nous demandons donc l’aide d’un rickshaw pour nous indiquer la route vers les petits hôtels du vieux Delhi. Après plus d’une heure de route à le suivre dans une circulation ressemblant à celle de l’heure de pointe en plein Montréal mais vers les 10 heures du soir à Delhi, après que Valérie ait failli tomber en pleine rue pour avoir freiné d’urgence, après avoir visité deux ou trois hôtels aux prix exorbitants, nous trouvons enfin un hôtel et nous donnons 50 roupies pour le service à notre guide en rickshaw.
On se prépare pour notre première nuit dans ce pays qui nous en a déjà montré de toutes les couleurs et ce en moins de 12 heures. Nous commandons de la nourriture, mais nous ne sommes pas capable d’en manger le dixième tellement le goût est répugnant et extrêmement épicé. On se lave un peu à l’eau glaciale et on se couche dans nos sacs de couchage. Je sens un vide que je n’avais jamais ressenti auparavant et pour la première fois je me sens totalement dépourvu de mes moyens. Cela fait plus de trois jours que je n’ai pratiquement pas dormis et la tristesse monte à mon esprit et sort par mes yeux.
Le grand départ en sol indien
11 janvier

Après une soirée folle à trouver notre route, ce qui se comprend quand on ne connaît pas la ville, un deuxième défi se présente pour une chose aussi simple que de prendre le train. Mais attention, nous avons des bagages non conventionnels : nos vélos. On se présente au booking pour connaître la procédure, mais on nous regarde d’un drôle d’air pour nous dire qu’il faut se rendre à un autre endroit pour cela. Puisque les indications des Indiens sont toujours aussi précises, nous tournons en rond durant une bonne heure avant de comprendre qu’il faut se rendre de l’autre côté des rails pour ce genre de bagages. On traverses plus d’une dizaine de rails de chemin de fer par un passage très informel avec le risque très élevé de se faire frapper par un train. De l’autre côté, nous rencontrons un messieurs qui prends le temps de nous expliquer et de nous rendre aux bons endroits pour faire chacune des étapes : achat des billets, achat de plaques pour identifier nos vélos, achat de passes pour nos vélos dans un petit bureau où des employés de la gare ont l’air de ne pas faire grand choses et enfin nous laissons entre les mais de notre guide qui travaille au booking en espérant revoir nos vélos à notre arrivé à Agra.
Nous sommes chanceux car le train est en retard de deux heures ce qui nous permis de finaliser tous les détails de notre embarquement. Sur le quai, nous restons assis sur nos bagages et mangeons nos fruits en attente de notre train. Je regarde tout autour de moi ce qui se passe et j’ai de la difficulté à me concentrer sur quoi que ce soit tellement ce monde me semble loin du mien.
Le train arrive enfin mais en arrière de nous. On est surpris par l’affluence d’une masse humaine qui veut entrer en même temps dans le train tandis que d’autres passagers essayent de sortir. Une chance de plus, nous nous trouvons deux places assises dos à une fenêtre à barreaux. Le train déborde, des gens sont assis partout par terre et dans les aires sur des couchettes. Des familles entières se retrouvent ensemble dans une même couchette. Fait étrange, nous sommes entouré de militaires, ce qui me rassure un peu par rapport à la possibilité que des voleurs puissent nous attaquer. À tous les arrêts, de jeunes enfants entrent dans le train pour vendre soit du tshai, des jouets, de l’eau, etc. Ils doivent se frayer un chemin par-dessus la tonne d’Indiens assis par terre.

La traversée du Rajasthan
12 janvier


13 janvier


14 janvier
C’est le matin de notre départ à vélo pour Bharatpur. Je paye le coût de notre repas et de notre chambre, mais il y eut des erreurs dans la facturation et je dois m’obstiner pour faire baisser le prix. Je me dis que la prochaine fois, je vais payer au jour le jour et à chaque repas que nous prendrons.
En cours de route, on demande plusieurs fois à des Indiens si nous sommes sur le bon chemin et on peut dire que l’on doit se fier autant sur eux que sur les cartes que nous avons. Valérie trouve difficile sa première journée à vélo surtout qu’elle n’a pas vraiment beaucoup mangé depuis que nous sommes en Inde. La seule chose qu’elle aime vraiment est la barre de chocolat suisse que l’on avait achetée à Amsterdam. À Bharatpur, on s’arrange avec le propriétaire d’un hôtel pour avoir un bon prix. Il accepte si nous restons au moins deux jours. Pour la première fois, Valérie va bien manger ce soir-là.
On planifie de visiter un parc d’oiseaux sauvages qui se trouve près de la ville pour le lendemain.
15 janvier
Le matin même, je me rends à la banque pour retirer de l’argent avec ma carte Visa, mais malheur, ce n’est pas possible. Nous n’avons plus assez d’argent pour rester une soirée de plus dans cette ville. Nous devons nous rendre à Jaipur en autobus. Nous devons toutefois payer avec un billet de 100 roupies de plus pour le transport de nos vélos en plus de s’être obstiné avec le propriétaire de l’hôtel qui voulait nous faire payer le plein pris car nous étions resté qu’une seule nuit.

«Nous sommes sur le toit de l’hôtel en plein air et nous avons une vue sensationnelle sur toute la ville qui nous entoure avec un petit vent frais qui fait tant de bien après une chaude journée au soleil du désert du Rajasthan et un long trajet en autobus. Le repas est composé de plusieurs mets de la région avec de la Dal, du riz, des légumes frais et d’autres plats dont je ne me rappelle plus le nom et le tout est épicé juste à point.»
Nous avons au préalable arrangé nos lits dans un dortoir dans un demi sous-sol tout en béton avec des douches pas très attirantes. La nuit fut très tranquille et je pus dormir à mon aise sans compter que nous étions que trois (Vincent, Valérie et moi).
Vincent est sur la route depuis déjà cinq mois, il est passé par le Népal avant d’arriver dans cette partie de l’Inde. Par un autre grand hasard, il revoit deux Espagnols qu’il a rencontrés à Pokara au Népal vers le temps des Fêtes : ils se nomment Juan et Santi. Ils sont vraiment intéressants et nous apprenons beaucoup de choses de leur périple.
16 janvier



La journée fut très épuisante et nous sommes content d’arriver au dortoir. N’oublions pas que nous sommes ici en Inde et que toutes sortes de mésaventures surviennent à tout moment. Après que Valérie ait pris sa douche, je prenais enfin la mienne. Toutefois, malgré le bruit de l’eau, j’entendis une foule de gens qui criaient et riaient dans notre dortoir. Je finis rapidement de me laver et je me rendis dans le dortoir pour être surpris par une marée d’Indiens s’établissant dans notre dortoir. Le propriétaire nous demande de changer de dortoir puisqu’il n’y avait pas assez de place pour tout le monde. Nous n’avons pas à nous plaindre, car dormir avec tout une gang d’Indiens riant et criant tout le temps … je vous laisse deviner... Nous nous retrouvons dans un tout petit dortoir où les murs sont en bambou donc très peu isolé de l’extérieur. Mais l’ambiance y est extraordinaire malgré le bruit constant de la ville qui nous empêche de dormir. Nous sommes enfin avec des gens qui vivent les mêmes choses que nous.
17 janvier


Nous laissons nos vélos à l’hôtel pour aller porter un colis contenant nos chaussures, le cher jeu d’échec à Valérie et quelques morceaux de vêtements au bureau de poste pour les envoyer chez mes parents à Québec. Je savais bien que ce qui peut nous sembler simple en occident est cent fois plus compliqué en Inde, surtout quand il s'agit d'envoyer un gros coli.
Nous devons d’abord faire emballer notre colis dans un tissu qu’un couturier va coudre et sceller à l’aide d’un sceau en cire, mais notre paquet n’est pas conforme. Le contenu bouge un peu à l’intérieur et la boîte doit être diminuée de volume. Valérie ne veut pas que l’on touche à la boîte pour ne pas que l’on voie ce qu’il contient, surtout pour les chaussures qui intéresseraient bien des Indiens. Tout fini par s’arranger, mais il nous reste que quelques minutes avant que le bureau de poste ne ferme. Il y a au moins une vingtaine d’Indiens qui attendent et qui se bousculent pour avoir accès aux guichets encore ouverts. Valérie prend le paquet et fonce dans le tas et se retrouve la première. Le tout nous coûtera 2000 roupies soit 66 $CA. Cinq minutes plus tard, le bureau de poste ferme.
Le soir même, nous apprenons que Vincent a eu plus de quatre crevaisons lors de sa descente du Fort Nahargarh. Il est donc revenu à pied à l’hôtel et il était encore en train de réparer le tout lors de notre retour de la poste.
Nous allons encore souper sur le toit avec un repas tout aussi succulent que la veille. La nuit est encore fraîche et le ciel est étoilé. Durant notre repas, nous entendons tout un vacarme venant de la rue juste au pied de notre hôtel. Nous regardons par-dessus les petits murets et nous sommes témoins d’une cérémonie d’après mariage, comme une petite parade où des musiciens jouent n’importe quoi (si on peut appeler ça des musiciens) et où les hommes dansent comme des fous en sautillant un peu partout. Nous allons donc immédiatement dans la rue pour admirer le spectacle et être témoin d’une coutume très indienne de célébrer un mariage.

18 janvier
Nous quittons la magnifique ville de Jaipur avec comme destination la ville de Kishangarh à plus de 76 kilomètres. Avant de quitter définitivement Jaipur, je repasse à nouveau à la banque pour faire un retrait d’argent pour ne plus se faire avoir à nouveau. Je préfère prendre le risque de traîner un certain montant d’argent sur moi que d’en manquer. Nous partons avec Vincent qui semble être content de notre présence pour ce genre de long trajet dans le désert. Avec son aide, j’essaie d’aider Valérie à poursuivre le chemin en lui coupant le vent, mais elle trouva extrêmement difficiles les derniers 25 kilomètres (surtout pour son fessier).
Le soleil commence déjà à descendre rapidement vers les 4 heures de l’après-midi lorsque nous voyons enfin la ville de Kishangarh. C’est une toute petite ville, mais l’ambiance y est très vivante. Nous trouvons un hôtel et le gérant accepte de nous laisser une chambre pour les trois. Nous partons visiter la rue principale tout près de notre hôtel. Un petit homme à l’air fou s’approche de Valérie sans que nous le voyions et lui pince une fesse. Valérie réagit vivement et l’engueule. À cet instant, plusieurs Indiens interviennent pour écarter le malotru.
On retourne à notre hôtel après une heure de marche et nous mangeons dans ce qui ressemble à une salle à manger nos fruits et nos sweets acheter sur la rue.
19 janvier
Nous partons de bonne heure en direction de Puskar toujours en compagnie de Vincent. Valérie me fait la remarque qu’elle apprécie bien les bons conseils de Vincent, mais qu’elle aimerait bien que l’on se retrouve seulement nous deux et que nous prenions chacun nos directions.
En début d’après-midi, nous sommes à Ajmer et nous prenons le temps de visiter le Temple Rouge Jaïna avec ses sculptures en bois recouverte de feuillets d’or. La présence de Vincent y est toutefois appréciée car nous allons visiter à tour de rôle le temple sans avoir peur pour nos biens personnels. Comme dans la plupart des temples de ce pays, nous devons laisser nos chaussures à l’entrée. Nous pouvons contempler par de grandes baies vitrées les sculptures raffinées situées dans une immense salle au centre du temple.


Après avoir visité ces deux magnifiques temples, nous allons prendre un repas typiquement musulman en mangeant pour la première fois de la viande depuis notre arrivée dans ce pays. Cela fait vraiment du bien surtout pour des voyageurs à vélo. Nous repartons pour finir le trajet en direction de Pushkar. Le paysage est magnifique et nous voyons les montagnes s’élever devant nous. Je me rends bien compte que la route mène directement à ces montagnes qui ont l’envergure des montagnes juste au nord de la ville de Québec. La montée sinueuse sur plus d’un kilomètre sera difficile pour Valérie, mais la descente qui suivra en vaudra la chandelle. Nous descendons pratiquement sans arrêt jusqu’à la ville de Pushkar, lieu de pèlerinage très important pour les hindous.

Après s’être installé, nous partons voir le coucher de soleil sur le bord du lac sacré. Nous ne sommes pas les seuls à s’y rendre et une pléiade de touristes chante et joue du tambour avec un rythme très entraînant. Tout près, il y a un petit café où les gens prennent un thé et une petite sucrerie tout en bénéficiant du beau couché de soleil. L’endroit est très relaxant et l’ambiance y est fantastique, mais nous sommes dans un lieu hautement touristique donc très artificiel.
On nous a conseillé d’aller manger dans un restaurant où la nourriture est à volonté. Le choix fut très judicieux et je pus manger comme un goinfre. C’était la première fois aussi que nous visitions une ville après la tomber du jour. L’ambiance y est toujours à la fête et les rues sont continuellement bondées de gens.
Les nuits sont beaucoup plus confortables et nous avons de moins en moins besoins de nos sacs de couchage. Ils nous servent plus pour couvrir le lit que pour nous couvrir. Cette fois, nous sommes trois dans un même lit et je suis couché entre les deux, disons que je ne pouvais pas beaucoup bouger cette nuit-là.
C’est la fête à Valérie qui a maintenant 25 ans. Elle ne pourra pas vraiment profiter de son anniversaire puisque le lendemain sera la première journée d’une dure semaine à être extrêmement malade.
20 janvier
Devinez quoi ? Valérie est malade. Je vous épargne les détails mais c’est le genre de chose que tout bon touriste attrape lors de son séjour en Inde. N’ayez pas de crainte, je vais avoir ma dose de ce symptôme atroce plus tard. Nous avions prévu de faire notre tour de chameau aujourd’hui, mais Valérie doit rester au lit toute la journée. Je pars avec Vincent dans la ville pour visiter le tour du lac Pushkar. Tout est cher et c’est vraiment un lieu hautement touristique. Par chance, l’eau est toujours au même prix qu’à l’habitude.

21 janvier





Nous nous préparons à repartir, mais Valérie ne veut pas monter à nouveau sur Grognon car elle n’aime pas ça quand le chameau se relève et que l’on est dessus. Elle marche donc à côté du guide jusqu’à une fontaine surélevée où là Valérie peut monter directement sur le chameau sans qu’il n’ait de besoin de se coucher. Nous demandons à notre guide de rentrer directement à la ville après un merveilleux couché de soleil car Valérie ressent encore les symptômes de la maladie et la fraîcheur du désert nous englobe rapidement dès la tomber de la nuit.
22 janvier
Tôt après avoir déjeuné, nous reprenons la route à vélo en compagnie de Vincent. Nous sommes toujours dans le Rajasthan et les routes ainsi que les indications ne sont pas très claires. Vers l’heure du dîner, nous arrivons dans un petit village qui borde la route principale, comme la plupart des villages de cette région. Nous devons faire le choix près de la sortie du village entre deux routes dont une seule est indiquée sur nos cartes. Nous demandons alors à un vieil homme de nous indiquer le chemin pour atteindre Pali (Pila) qui est tout près de Jodhpur, la deuxième ville en importance après Jaipur et où se trouve une magnifique enceinte fortifiée. C’est aussi la porte d’entrée du désert.



Il s’agit d’une visite d’un médecin gouvernemental qui vient vacciner les enfants contre la polio et qui est d’une curiosité indiscrète auprès de nos pauvres touristes que nous sommes. Nous leur expliquons que nous cherchons un endroit pour dormir et le professeur accepte de nous héberger dans l’unique classe de l’école. Le médecin quant à lui nous poses beaucoup de questions ayant rapport à la sexualité. Il va même jusqu’à nous demander combien de fois par semaine faisons-nous l’amour. Après plusieurs questions et voyant que nous répondons à moitié, le médecin s’en retourne chez lui et nous restons avec tous ces gamins énervés qui n’ont peut-être jamais vu d’aussi près des touristes à la peau blanche et des vélos aussi équipés que les nôtres.
Les jeunes nous aident à monter nos vélos sur le balcon qui mène à la classe. Nous y installons nos sacs de couchage pendant que les jeunes tout excités regardent par les fenêtres que nous nous empressons de fermer. Rien à faire, les jeunes se mettent à frapper sur les volets. Il fallut l’intervention du professeur pour que les jeunes se dispersent enfin. Il nous invite, après que nous ayons fini de nous installer, à venir prendre le chai dans sa demeure qui est à l’autre extrémité de la cour d’école.
La nuit est déjà tombée lorsque nous nous déplaçons vers sa demeure où l’odeur du chai se fait déjà sentir. Il vit dans une toute petite maison de deux pièces pas plus grande qu’une salle de bain. Nous sommes donc très serré à quatre, assis par terre autour de la bouilloire et une petite tasse de chai à la main. Nous restons avec lui environ une trentaine de minutes et nous lui parlons de notre petit périple à vélo qui ne fait que commencer. À dormir sur du ciment, et malgré nos petits matelas en foam bleu, le réveil sera quelque peu douloureux pour mes articulations.
23 janvier
Nous partons tôt le matin car nous n’avons rien à manger et nous ne savons pas combien de kilomètres, il nous reste à faire pour atteindre la prochaine ville. Durant une grande partie de la matinée, nous roulons Valérie et moi sans Vincent. Ce dernier a des difficultés avec son compteur et il s’arrête souvent pour l’ajuster. Il faut dire que ça ne déplait pas du tout à Valérie de se retrouver enfin seul car on peut aller enfin à notre rythme.
C’est maintenant à mon tour d’avoir une crevaison. Pendant que je la répare, Vincent nous rejoint. Nous prenons la décision de prendre chacun notre chemin et nous lui souhaitons une bonne fin de voyage car il ne lui reste plus que deux semaines avant de repartir chez lui. Il continue vers l’Ouest pour rejoindre Jodhpur tandis que nous voulons quitter au plus vite les régions désertiques qui sont trop dures pour notre équipement, surtout avec les nombreuses crevaisons. Nous en aurons encore deux autres dans la journée dont une seulement à quatre kilomètres de Bilara, la ville où nous voulons nous arrêter pour la journée.
Bilara une petite ville active et où nous pouvons enfin faire des réserves de nourritures et nous trouvez un hôtel chez des musulmans. C’est un avantage de coucher dans un quartier musulman car nous y trouvons une nourriture différente et contenant au moins de la viande. C’est aussi dans le petit hôtel que nous avons mangé un repas à base d’agneau et de riz. Ça fait vraiment du bien surtout avec tous les efforts qu’un voyage à vélo demande. C’est aussi dans cet hôtel que nous allons avoir notre premier sot d’eau chaude. J’ai bien écrit « sot » car vous n’avez pas de bain en Inde et l’eau qui sort de la champlure est uniquement froide. Au mois de janvier, il ne fait pas très chaud durant les nuits et ce sera enfin notre premier vrai nettoyage complet de la tête aux pieds depuis notre arrivée en Inde. Nous allons même quémander un deuxième sot d’eau chaude pour profiter au maximum du confort dont nous jouissons enfin. Nous avons dû perdre au moins une livre chacun après ce nettoyage.
24 janvier
Il y a déjà deux semaines que nous sommes en Inde et notre rencontre avec Vincent et les deux espagnols nous apprirent énormément pour pouvoir se débrouiller aisément. Nos habitudes ont changées et nous faisons attention pour tous nos achats et notre nourriture. Notre budget s’en porte mieux autant que nos estomacs.
Le trajet vers Pila se fait bien avec le vent dans le dos. Nous sommes tout de même écœuré du désert et nous prenons la décision d’aller directement vers le Sud pour quitter le Rajasthan au plus vite. Bien que l’estomac de Valérie se porte mieux, ses rages de « Je veux manger du chocolat…» ne diminuent pas de jour en jour, au contraire.
Nous arrivons donc enfin à Pila après un long détour dans des chemins mal balisés et très sablonneux. Nous avons déjà parcouru 559 kilomètres depuis notre départ de New Delhi.
25 janvier
La prochaine ville est à plus de 75 kilomètres et cette fois-ci, le parcours sera plus dur pour Valérie. Je lui parle le plus souvent possible pour l’encourager et aussi pour lui montrer que je suis tout près car elle est très nerveuse sur ces grandes routes très passantes. Elle n’aime pas me voir en avant d’elle surtout quand je me tiens trop à l’intérieur de la route. Je reste donc en arrière d’elle.
Je ne crois pas vous avoir parlé du style de conduite à l’indienne, elle est vraiment passionnante, vous allez voir. La conduite se fait à gauche comme en Angleterre. Là s’arrête les ressemblance avec la conduite occidentale. Imaginez-vous sur une route d’à peine six mètres de largeur en plein désert (nous sommes toujours dans le désert du Rajasthan) qui sert d’autoroute. La circulation se fait dans les deux sens et il n’y a pas de séparation au centre de la voie, pas même une ligne. Lorsqu’un camion en dépasse un autre, il doit empiéter sur la voie inverse. C’est pire lorsqu’il y a deux camions qui en dépassent un autre et qu’ils se retrouvent à trois de large. À ce même moment, un autre camion vient en sens inverse sans ralentir et quelques secondes avant qu’ils ne se rencontrent face à face, les deux camions se tassent à droite à quelques centimètres du devant du camion qui s’est fait dépasser.
Dans les villes, il n’y a pas de lumières ou de panneaux d’arrêt aux intersections. On doit klaxonner pour traverser une telle intersection. J’oubliais aussi de vous dire que l’on klaxonne pour avertir que l’on va dépasser un autre véhicule. Il ne faut donc pas s’en faire quand on se fait klaxonner, c’est pour nous avertir qu’un autre s’en vient et non pas pour nous dire d’accélérer, ce n’est pas comme en occident où se faire klaxonner est mal perçu.
On n’a pas vu d’accident en direct, mais sur le bord de la route, il y avait parfois des camions complètement brûlés ayant fait un face à face. Les conducteurs en général conduisent selon leur impression : quand ils sentent que cela va être une bonne journée et que leurs dieux sont avec eux, ils ne craignent pas de faire d’accident et ils foncent à toute allure.
Nous arrivons à la ville de Sumerpur et Valérie, en bonne femme d’affaire, fait baisser le prix de la chambre de deux cent à cent roupies. La chambre est vraiment bien, mais on a un petit ami qui réside dans la salle de bain. Valérie ne voulant pas partager la salle de bain avec un petit lézard, demande à un Indien de nous débarrasser de cet importun colocataire et il nous en débarrasse rapidement tout en riant voyant que cette petite chose fait peur à la dame occidentale.
On ne veut pas manger dans le restaurant de l’hôtel pour faire différent et on va marcher sur la rue des marchands pour s’acheter de la bouffe. Les marchands sont pas mal arrogants et on décide de ne rien leur acheter et on retourne à l’hôtel pour finalement manger au restaurant.
On décide aussi de rester pour deux nuits pour nous reposer le plus possible et profiter du paysage désertique qui s’offre à nous.
26 janvier
Je décide de profiter de cette journée pour ajuster les vélos qui commencent à mal fonctionner à cause de la poussière rouge qui s’infiltre partout. On va prendre notre déjeuner toujours au restaurant de l’hôtel. Nous sommes dans la période creuse du tourisme en Inde et cela paraît puisque nous sommes seul dans la salle à manger. On s’assoit sur le bord de la fenêtre qui donne sur la cours arrière avec cette vue superbe sur les collines de sable et de pierres.
Nous étions en train de manger lorsque vers les 9 heures, on a senti la table trembler et ensuite l’immeuble au complet. Je regarde dehors et je vois aussi les tables bouger. On demande à notre hôte s’il s’agit d’un tremblement de terre et il nous répond qu’il s’agit probablement d’un camion qui a passé devant l’hôtel ou la colère d’un dieu! Il disait ça en riant car il voyait que l’on avait une certaine crainte de voir l’hôtel s’effondrer. La secousse a duré environ une minute sans produire de dégât dans la ville.
À l’heure du souper, le même Indien qui avait ri de nous nous ouvris la télévision où une émission spéciale parlait du plus gros tremblement de terre à l’ouest de l’Inde depuis 1956 avec 6.9 à l’échelle de Richter. À 17h00, on dénombrait plus de cinq cent morts et des dégâts à vingt kilomètres à la ronde. On demande dans quelle région cela s’est produit et on comprend qu’il parle de la ville de Gandhinagar. Nous voulions passer par cette ville qui est tout près d’Ahmadabad. On doit alors faire un détour pour éviter la zone sinistrée.
27 janvier


Ce fut un mauvais choix puisque nous devions passer par un petit chemin sinueux très abrupt où même les piétons sont fatigués à la moitié du parcours estimé à plus de cinq kilomètres à flan de montagne. Après deux heures de montées, des guides travaillant au Mont Abu qui redescendaient nous avertissent que des voleurs ont attaqués deux autres cyclistes (Tchèques) en leur volant leurs bijoux et leurs vêtements. Pendant près de vingt minutes, ils essaient de nous convaincre de redescendre. On accepte de redescendre et ils nous aident à porter les vélos. Ça nous prend moins de quinze minutes ce qui nous prit plus de deux heures à monter. On les remercie et nous leur donnons un dollar américain. Ils avaient l’air vraiment content qu’on leur donne autant.
On revient sur nos pas pour nous diriger vers le petit village d’Anadra. On s’informe auprès d’un monsieur pour savoir s’il y a un hôtel dans le coin. Voyant que nous étions mal pris et puisqu’il n’y a pas de place pour dormir, il nous offre de dormir chez lui. Il nous offre même le repas. On lui demande de nous dire un prix pour le service qu’il nous rend et il nous demande seulement soixante-dix roupies pour la chambre et le repas.
On passe la soirée avec sa famille, la famille Singh, et nous discutons surtout avec le grand-père qui parle un peu anglais. Nous parlons surtout du type de vie indien par rapport à la nôtre. Tout en parlant, nous apprenons que l’un de ses fils possède un commerce de téléphones publics. Je vais donc chez son fils pour essayer de téléphoner à mes parents et après une heure à savoir quel numéro il faut composer pour communiquer avec Québec, ça prend encore vingt minutes pour avoir une ligne qui fonctionne. Je parviens à parler avec ma mère pendant une minute environ. Je la rassure à propos du tremblement de terre qui a passé dans toutes les nouvelles du monde entier et que nous allons très bien. Elle me dit que le nombre de morts est maintenant de près de quinze milles et le bilan risque d’être beaucoup plus lourd. Ça faisait plus de deux jours que la catastrophe avait eu lieu et nous n’avions pas encore donné de nouvelles. Plus tard durant le voyage, j’ai appris que même l’agente de voyage qui nous a vendu les billets d’avion avait communiqué avec mes parents pour savoir si nous allions bien depuis le tremblement de terre.
Toute la famille est vraiment gentille et très aimable. La chambre dans laquelle on dort est celle d’un de ses enfants. Ils sont vraiment généreux. Valérie trouve ça vraiment spécial surtout que si nous n’avions pas rencontré les guides dans la montagne, nous ne serions probablement pas retourné vers le village et nous aurions pu faire une toute autre rencontre que celle de la famille Singh qui aurait été beaucoup moins intéressante si on se fit à ce qui est arrivé au deux Tchèques.
Ça fait vraiment du bien de faire une telle rencontre après presque trois semaines à toujours être en confrontation avec les vendeurs. C’est aussi notre premier repas préparé pour toute une famille et partagé avec nous.
On quitte le Rajasthan pour le Gujarat
28 janvier
À 6h35, un autre tremblement de terre se fait ressentir. On s’est levé très rapidement et nous sommes sorti aussi vite de la chambre. Cette fois, la terre a tremblé que quelques secondes. Notre hôte, M. Singh, nous donna en plus des nouvelles du tremblement de terre qui a fait maintenant plus de vingt-cinq milles morts. Nous prenons un thé au lait et nous partons aussitôt en les remerciant de leur hospitalité.
Nous partons pour la ville de Deesa, mais je me rends compte que nous dévions vers l’Ouest et que nous sommes sur une route qui n’apparaît pas sur la carte. Nous passons quand même une immense arche qui indique que nous quittons le Rajasthan. Nous sommes maintenant au Gujarat, l’état où a eu lieu le tremblement de terre. En roulant, j’entends un bruit très fort comme si quelqu’un avait lancé une roche sur le vélo. Je m’arrête et je m’aperçois qu’un de mes rayons est cassé. Je doit réajuster ma roue pour compenser le rayon maquant.
Nous arrivons enfin à Deesa et nous nous rendons rapidement compte qu’il y a uniquement deux hôtels dans cette ville et que leurs prix sont beaucoup trop élevés. De plus, un gérant d’un hôtel nous avait fait un prix et pendant que nous montions nos vélos au troisième étage, il avait changé d’idée et nous faisais payer le plein prix. Furieux, on redescend immédiatement et on se retrouve dans la rue avec de plus en plus de gens qui s’attroupent autour de nous et qui veulent nous voir et nous toucher. On commence à paniquer et à ce moment là, un jeune homme parlant anglais nous demande ce que l’on veut. On lui explique que nous cherchons un endroit pour dormir mais que les hôtels sont trop chers pour nous. Il nous demande alors de le suivre dans le rez-de-chaussée d’un immeuble. Je reste en bas des escaliers pendant que Valérie monte à l’étage pour parler avec les propriétaires.
Je suis resté pendant une bonne dizaine de minutes en bas entouré de dizaines d’Indiens qui voulaient toucher mes affaires. Je devenais alors malin et j’essayais de les repousser le plus possible. On me fait signe enfin de monter et quelques Indiens m’aident à monter les vélos à l’étage. On ferme rapidement la grille en haut de l’escalier pour empêcher les autres Indiens de monter.


Peu de temps après que le soleil se soit couché, l’hôtesse a commencé à faire le repas sur le planché de leur demeure. Elle


Valérie veut savoir où l’on peut acheter une telle robe, mais l’hôtesse lui spécifie qu’elle lui donne la robe. On n’en revient pas du tout et on trouve que ça n’a pas de bon sens. Valérie se sent mal de ne rien lui donner en échange. Elle décide de lui donner sa barrette en bois pour la remercier. Avant de me coucher, je vais dire bon soir à nos hôtes. Le monsieur est en train de boire du vin avec un ami et il m’en offre un verre. Je lui dis que je ne bois jamais d’alcool surtout que je ne savais pas d’où venait son vin. Je ne voulais pas prendre de risque, surtout qu’il insistait pour que j’en prenne. Il m’informe en même temps que le nombre de morts n’arrête pas d’augmenter et qu’il est rendu à soixante milles. De plus, la plupart des ponts et des routes sont très endommagés, raison de plus de ne pas passer dans le secteur et faire un long détour.
29 janvier
On se lève de bonne heure pour ne pas avoir à faire face à une foule comme la veille. Je crois que c’est une coutume de prendre le thé avec une personne avant qu’elle ne parte. Comme avec la famille Singh, nous prenons donc un thé au lait avec nos hôtes. Pour les remercier, je leur offre un certain montant d’argent qu’ils refusent immédiatement. Je leur demande au moins de prendre cent roupies pour payer au moins la nourriture. Ils acceptent mais me redonnent quand même 50 roupies en insinuant qu’ils font un cadeau à Valérie en la disant leur sœur.
On quitte cette ville rapidement pour ne pas attirer encore l’attention. On se rend à Palanpur et malgré la courte distance de seulement vingt-neuf kilomètres, le parcours ne fut pas facile avec la route très vallonnée. On réserve une chambre pour deux nuits, surtout que je dois réparer ma roue arrière, ce qui n’est pas une mince affaire.
31 janvier
On quitte de bonne heure la ville de Palanpur. Nous sommes vraiment chanceux car les vents sont favorables ce qui nous permet de franchir les 68 kilomètres en un temps record et d’arriver à Mahesana vers 12h30. La ville ressemble plus à une immense halte routière pour les camions, la route principale en pleine ville fait plus de six voies de larges. On trouve un petit hôtel le long de cette route. Les propriétaires sont vraiment accueillants, sans compter les clients.
Un homme d’affaire nous remarque (comme si on pouvait passer inaperçu) et nous offre à boire. Il parle très bien anglais et il n’a pas sa langue dans sa poche. Comme tout bon Indien, il nous pose des questions sur notre voyage et il nous aide en même temps pour la suite de notre parcours. On lui parle de notre crainte par rapport au séisme qui a dévasté la région, mais il nous spécifie que l’épicentre n’était pas à Gandhinagar mais bien à Gandhinagam à plus de 400 kilomètres d’ici. Cela nous aide vraiment car on voulait passer par Gandhinagar pour se rendre à Ahmadabad.

La région, puisque nous sommes encore dans une région semi désertique, ne possède que très peu d’arbre. Le paysage est très poussiéreux et je suis surpris de constater que l’un des seuls arbres sur le terrain de l’hôtel a été sculpté pour décorer la place quoiqu’il soit encore vivant.
1er février
Tôt le matin, nous saluons nos hôtes (le propriétaire de l’hôtel et l’homme d’affaire fort sympathique) et nous empruntons la route que ce dernier nous montra la veille. Depuis que nous avions pris une mauvaise route à cause d’une mauvaise indication de la part d’un Indien, on voulait uniquement se fier à nos cartes. Le problème, c’est que sur ces cartes, la précision n’est pas fameuse et on roulait plus souvent qu’autrement les autoroutes. Cette fois-ci, c’est fantastique. On roule sur une petite route secondaire asphaltée et où peu de voitures et de camions l’empruntent.


2 février


3 février
On quitte Gandhinagar pour nous rendre à Ahmadabad à moins de 32 kilomètres de là. On vient de faire notre premier 1000 kilomètres à vélo en 23 jours. C’était autrefois la capitale du Gujarat avant Gandhinagar, mais elle reste toujours la capitale commerciale du Gujarat. C’est une immense ville de 5,5 millions d’habitants. On se rend immédiatement au centre-ville pour se trouver un hôtel. Ce dernier nous coûte plus cher qu’à l’accoutumer. Mais on peut profiter d’un service ultrarapide d’Internet à faible prix. On donne enfin de nos nouvelles à nos amis et on apprend que notre colis, envoyé à partir de Jaipur le 17 janvier, est enfin arrivé. Environ deux semaines, ce n'est pas trop mal. On voulait visiter un peu la ville, mais on apprend que tout est fermé c’est une journée de deuil national pour les milliers de morts du tremblement de terre.
4 février
Ah! les joies des pays chauds avec ses moustiques. Ce qui est bien dans tout ça, c’est le fait que c’est Valérie qui se fait dévorée. On passe la journée à manger, nous reposer et écrire sur Internet. On visite quelques boutiques et on revient à notre chambre avec seulement de l’encens. Ça chasse au moins les moustiques…
5 février

6 février
On profite pour se débarrasser de quelques kilos de vêtements inutiles puisqu’il fait de plus en plus chaud, même durant la nuit. De 9h00 à 10h00, on attend l’ouverture du bureau de poste qui doit normalement ouvrir à 9h00. Dans ces petites villes, les fonctionnaires ne sont pas trop pressés.
Merde, pas de service d’emballage des paquets. On fait le tour des petites rues pour trouver une petite shop qui offre le service et il peut nous le faire en moins de une heure, aussi vite qu’un développement de photos, quelle rapidité!! Une heure et demie plus tard, on reçoit enfin notre paquet. Par chance que l’on connaît les procédures au bureau de poste : on dépasse tout le monde.
Oups! Le paquet est trop gros pour passer par la fenêtre du comptoir. On nous demande de passer par en arrière et on se retrouve derrière le comptoir et on fait face à ceux que l’on a dépassés. Quatre kilos de linges à expédier. Imaginez, plus de huit kilos que l’on aura envoyés au Canada, ça en libère de la place dans nos petits sacs de vélo, sans compter ce qui était empilé sur les racks.
Les gens de la place sont vraiment gentils et on nous pose beaucoup de questions sur notre aventure à vélo dans leur beau pays. Je vous garantis que je connais par cœur tous les noms des villes que l’on a visitées.
7 février
Puisque l’on n’a que 45 kilomètres à faire pour se rendre à Vadodara, on prend notre temps pour quitter notre hôtel. Mauvaise idée, la chaleur est intolérable et en plus il n’y a pratiquement pas d’arbres sur tout le trajet pour nous protéger un peu. À notre arrivée, on se rend directement dans le vieux quartier de Vadodara qui est super. C’est une très grande ville, mais on y retrouve plusieurs parcs pour se reposer et les commerces le long des rues sont magnifiques. On trouve un hôtel où le « concierge » couche en plein milieu de la porte d’entrée, de jour comme de nuit. Bref, on n’a pas besoin de lui courir après pour demander un service.
8 février
On visite le supposé incroyable musée de l’état du Gujarat. Disons que le musée du Petit Séminaire à Québec est beaucoup plus intéressant et impressionnant. Leur musée tombe en ruine et à part des indications sur la date des artéfacts, on a très peu d’informations. En tout cas, Valérie a pu voir sa première momie durant cette visite.
9 février
Journée à oublier. Je suis terriblement malade et je vous épargne les détails, mais disons que j’ai passé la journée sur la toilette. Toilette?? Non, c’est une maudite toilette turque… on peut même pas s’asseoir!!! Je prends deux Cipros (médicaments). C’est pire encore, maintenant, la terre tourne et cette fois en moins de 30 minutes au lieu de 24h. Valérie ne veut pas m’endurer avec mon délire causé par le médicament et elle va surfer sur Internet une bonne partie de la journée. Quand on vous dit de ne pas manger les pelures des fruits et légumes, eh bien n’en manger pas. Même pas une tomate… sinon vous allez vivre mon calvaire…
10 février
Maintenant que je vais mieux, on peut quitter Vadodara. Mais puisque je ne suis pas trop en forme, on prend l’autobus pour se rendre à Surat. Je m’arrange pour que les vélos soient bien installés sur le toit. Le voyage se fait sans encombre, sauf en arrivant à Surat. Je commence à avoir des sueurs quand je vois en avant un viaduc à l’entrée du vieux quartier qui semble très bas. Le chauffeur ralenti pour s’assurer que l’autobus puisse passer et à mi-chemin, un bruit sourd provient du toit. Je vois l’aide du chauffeur aller sur le toit et se mettre à crier au chauffeur je ne sais quoi. Je décide de me rendre sur le toit pour m’assurer de l’état des vélos. Quel malheur, c’est le guidon de mon vélo qui est pris entre l’autobus et le viaduc. Le con de chauffeur, malgré que je lui cri d’arrêter avant qu’il ne brise mon vélo, continue d’avancer et le pire survient : mon guidon ne résiste pas et se plie en deux.
À la gare, j’engueule le chauffeur et son aide. À ce moment-là, un policier vient nous voir et je lui explique l’affaire. Il regarde mon vélo et il hausse les épaules en me disant qu’il ne peut rien pour moi. Je décide d’aller à un poste de police pour me faire faire un constat pour mes assurances, mais il fallut que je passe par trois stations de police, car je n’étais pas dans le bon district où lieu l’accident, et que j’engueule un policier pour qu’il se décide de me faire enfin un constat. Valérie ne m’avait jamais vu aussi fâché que ça.
Je reprends mes esprits et je trouve un magasin de vélo et j’achète un nouveau guidon pesant le même poids que mon vélo. En tout cas, celui-là ne pliera pas facilement!
On retourne à la gare car Surat n’est qu’un transit pour se rendre à Mumbai (Bombay). On a attendu 10 heures pour prendre le bon autobus qui, selon un bon monsieur, nous aurait passé au moins deux fois dans la face. Le problème c’est que dans ce coin, les indications sur les autobus sont dans un des dialectes indiens et par chance, un bon samaritain nous indique que le notre vient d’arriver et que l’on a que cinq minutes pour le prendre.
Valérie prend les bagages et moi je prends les deux vélos : un sur chaque épaule, je grimpe sur l’échelle à l’arrière jusque sur le toit. J’y dépose les vélos et à ce moment précis, l’autobus se remet en marche. Je dois crier au chauffeur de s’arrêter et je cogne en plus sur le toit. Une

La nuit ne fait que commencer. Il est 23h quand on quitte enfin Surat, mais le parcours sera très cahoteux et le chauffeur a la mauvaise habitude de donner des coups sur le gaz et le frein à tout bout de champ. Je ne parviens pas à m’endormir car je veux toujours surveiller nos affaires, surtout quand on est tassé comme des sardines. Je commence aussi à sentir de l’acide gastrique dans ma gorge. Je crois que j’ai mangé un paquet complet de Rolaids en moins d’une heure.
En route pour l'État du Maharashtra
11 février
À 8h du matin, l’autobus arrive dans la grande région métropolitaine de Mumbai. À mesure que le soleil se lève, on constate que l’autoroute sur laquelle on roule passe à travers un immense bidonville qui n’en finit plus. Ça nous prend au moins une heure pour en sortir et arriver enfin à la gare. Nous voici enfin dans la plus grande ville de l’Inde et sans le savoir, nous venions de traverser le plus grand bidonville d’Asie et le deuxième plus grand au monde après celui de Mexico. Près de la moitié de la population du grand Mumbai vit dans ces bidonvilles soit près de 7 millions de personnes.
En sortant de l’autobus, je ne me sens pas très bien en plus de respirer un air vicié par la pollution terrible de cette ville. Je suis de peine et de misère Valérie dans notre recherche d’un hôtel. Ils sont tous chers, mais on finit par en trouver un pour 350 roupies (12$ CA) la chambre. Cette dernière est très petite, mais elle est très propre. En plus, on a une superbe vue sur la rue que des milliers de gens empruntent à toutes les heures de la journée.
Un résidu de mon mal d’il y a deux jours est de retour, mais cette fois-ci, c’est un mal de cœur incroyable. Le résultat en sera mon menu de la veille intacte dans le fond de la poubelle. Disons que ce repas-là n’aura pas passé très bien. Je pourrais au moins bien dormir, surtout après pratiquement 48 heures sans dormir.
12 février
Le concierge de l’hôtel est très gentil, on a même un endroit où nous pouvons disposer de nos vélos sans danger dans une grande chambre en rénovation. Mais c’est fantastique de pouvoir circuler à vélo dans Mumbai, surtout que c’est toujours congestionné. Notre hôtel est vraiment près du vieux Mumbai et on se promène dans le quartier de Colaba où se trouvent les grandes entreprises internationales.
Depuis quelques jours, Valérie essaie de me convaincre de faire changer la date de notre retour pour revenir plus tôt. Je commence aussi à être fatigué et je me rends compte aussi que nos finances ne sont peut-être pas assez élevées pour la totalité de notre voyage jusqu’en juin. On se rend au bureau de la compagnie d’aviation KLM et on se fait faire des billets pour revenir le 3 mai, un mois et demi plus tôt, et cette fois en partance de Mumbai. On n’aura pas à remonter jusqu’à Delhi pour prendre l’avion.
Je ne suis pas encore en pleine forme et nous revenons à l’hôtel. Je me repose toute l’après-midi et Valérie va faire des commissions pour nous acheter un peu de bouffe et du linge un peu mieux adapté aux chaleurs intenses du sud de l’Inde. Je ne vous ai pas décrit notre habillement lorsque nous partions à vélo tôt le matin à vélo dans l’état du Rajasthan. On portait des culottes longues de vélo, tous nos manteaux et chandails disponibles (jusqu’à quatre couches de linge), un foulard et des gants longs. Maintenant, on suffoque dès les premières lueurs de la journée.
13 février
Toute la journée, on visite les vieux quartiers avec ses innombrables magasins, modernes et artisanaux. C’est vraiment une ville fantastique. J’ai toujours aimé les grandes villes et ça fait du bien de ne pas se faire harceler tout le temps parce que nous sommes des touristes, sans parler de leur manie de vouloir toujours tout toucher, surtout nos vélos.


Pour dîner, on va se « régaler » dans un des treize restaurants McDonald’s de la ville et les seuls en Inde. C’est sûr, il n’y a pas de bœuf dans leur menu (100% sans bœuf, garantie), mais il y a du poulet au menu tout de même. C’est très cher pour manger chez McDo, ça nous a coûté plus de 8$ Ca pour les deux. C’est cher quand on pense qu’il est facile de manger à volonté pour moins de un dollar pour deux en Inde.
C’est dommage que je n’ai pas de photo de la coupe de cheveux qu’a essayée de me faire Valérie. Je me suis empressé d’aller chez un barbier non loin de notre hôtel. Vous auriez dû lui voir la face quand il a vu le dégât. De toute façon, je voulais être rasé au complet. Ça m’a coûté 30 roupies, encore une fortune pour un Indien. Disons que c’était un barbier réputé dans le quartier. J’étais donc confiant, surtout quand je l’ai vu changer sa lame de rasoir pour une neuve…
Destination : l'État de Goa, un repos bien mérité
14 février

Le parcours de 600 kilomètres jusqu’à Panaji est très montagneux et on passe souvent près des falaises. Valérie va être angoissée tout le long du voyage. Au moment où je commençais à relaxer un peu et que le sommeil s’emparait de moi, on arrivait à Panaji à 5h du matin. Par chance qu’un des passagers nous a averti encore une fois. Ce n’est surtout pas le chauffeur qui va nous aider à débarquer au bon endroit, même si je lui ai demandé de le faire.
15 février
Je remonte rapidement le stock sur les vélos et j’essaie de m’orienter dans la ville. Je suis tout mélangé car je ne me suis pas rendu compte que nous avions passé sur le pont qui nous surplombe. Quand je regarde ma boussole, je ne comprends pas comment le Sud pouvait être au Nord. Étions-nous du bon côté de la rivière? Ça bien l’air que oui!
Le plan que j’avais de la ville de Panaji, dans le Lonely Planet, n’est pas très développé. Nous voulons rejoindre l’auberge de jeunesse, mais cette dernière n’est pas sur le plan. On traverse la ville sur nos vélos et j’ai encore une maudite crevaison. Pour une fois, ça nous porte bonheur car nous nous trouvons à côté d’une petite pancarte que je n’aurais jamais vue avec cette noirceur (car il n’est que 5h30 du matin). Elle indique la direction de l’auberge de jeunesse. On l’avait dépassé de près de 300 mètres.
L’auberge est sur le bord de la mer d’Oman et les fenêtres de nos dortoirs ne sont qu’à 20 mètres de la mer. On visite le marché et on s’offre un bon restaurant typiquement chinois pour faire changement. Au marché, les marchands de tapis nous interpellent tout le temps et on finit pas se laisser montrer quelques-uns de leurs beaux tapis en soie. Durant près d’une heure, on va faire baisser petit à petit le prix de deux tapis de même format : de 1700 (57$ Ca) à 1150 (38$ Ca) roupies chacun. Puisque je ne suis pas un acheteur compulsif, je lui dis que nous allons revenir le lendemain au cas pour lui mettre encore plus de pression pour qu’il baisse le prix.
En me couchant, c’est la première fois du voyage que je me sens aussi bien : la ville est paisible et l’air et sain. Ce n’était pas dans nos plans de visiter le sud de l’Inde, mais il n’y a que les fous qui ne changent pas d’idée. C’est la faute à Valérie si on est maintenant ici, mais je lui en suis redevable. C’est un tout autre monde au sud.
16 février
Vive les dortoirs!!! Les maudits Indiens (il y a pas juste des Français qui sont maudits dans ce monde), il faut toujours qu’ils parlent fort sans se soucier des autres qui dorment dans le dortoir. En plus, ils ouvrent les lumières et les rideaux : Tout le monde debout!!! Je prends de bonnes respirations profondes, je m’assieds dans mon lit et je regarde le spectacle d’un réveil à l’indienne en troupeau.
Mesdames, si vous allez en Inde un de ces jours, il est de mise d’avoir dans vos bagages une camisole, car vous aurez beaucoup de difficulté à en trouver. De tous les magasins que nous avons visités, et ils se comptes par centaines, c’était la première fois que nous en trouvions un qui vendait des camisoles pour les femmes. Je n’entendrais plus Valérie gémir de chaleur, quel soulagement!!!

17 février


Lorsque l’on quitte la rivière pour la mer d’Oman, les vagues prennent de l’ampleur et le mal de cœur me prend un peu. Par chance, le brunch s’en vient et mon cœur revient à la normal après le petit repas. On a vu beaucoup de dauphin, mais les prendre en photo c’est tout un exploit.
De retour à l’hôtel, j’entreprends mon passe-temps favoris, réparer les vélos. Mais cette fois, je finis le travail avant leur prochaine utilisation. Je m’endors au doux son des Indiens parlant à voix haute.
18 février
Valérie veut faire de la plage. Et moi qui ne suis pas friand de ce passe-temps. Je veux bien lui faire plaisir et nous prenons l’autobus pour se rendre à Calangute Beach, plage réputée selon le guide de voyage. En débarquant de l’autobus, on se faufile entre les touristes et les nombreux Indiens qui traînent dans le coin avec leur appareil photo pour prendre en photo les belles petites filles blanches en bikini. C’est tellement intéressant de voir se promener sur la plage des Indiens en chemise et en pantalons à la recherche de touristes. En tout cas, ce n’est pas ça qui manque par ici, ça déborde de touriste. Le plus intéressant dans tout ça, c’est qu’il y a aussi des dizaines de chiens errants qui s’accouple un peu partout sur la plage.


19 février
Valérie me présente deux Coréennes qui dorment dans le même dortoir qu’elle et j’ai droit à leurs histoires de souris et de rats. Valérie s’est fait manger sa banane par un petit animal qui s’est promené d’une tablette à l’autre. Une Coréenne nous conte une histoire un peu plus incroyable. En attendant sur le quai d’embarquement du train à Agra, elle voulait se prendre un petit quelque chose à manger. Elle ouvrit son sac et au même moment, un petit rat en est sorti. Il avait probablement fait un petit tour dans son sac durant la nuit à l’hôtel. Son sac de couchage est maintenant troué à cause de cette petite bête. La morale de cette histoire : toujours fermer son sac correctement car vous risquez d’avoir un petit copain de voyage.
20 février



Pour ma dernière nuit au dortoir, c’est presque un cadeau du ciel. Mes chers Indiens sont sages et ne font pas de bruits pour une fois. Ce ne sera pas le cas pour Valérie qui doit endurer une folle qui délire toute la nuit et qui engueule une consoeur Indienne.
21 février
Ah! Les désavantages d’être touriste, on vous sert le déjeuné après les Indiens. On voulait partir de bonne heure pour profiter de la fraîcheur du matin, mais c’est raté. En plus, Valérie court une grippe encore une fois et la chaleur écrasante l’affecte encore plus. Elle ne profite pas alors du magnifique paysage qui contraste avec le désert du Rajasthan. On est entouré de milliers de palmier qui nous protègent un peu grâce à l’ombre qu’ils projètent.

22 février au 6 mars






En faisant nos emplettes à un petit comptoir au bord de la rue principale, je n’avais pas remarqué la présence d’une vieille mendiante à mes côtés qui quémandait de la nourriture au propriétaire du comptoir. En même temps, Valérie n’arrêtait pas de me donner des coups de pieds sur les mollets et d’enfoncer son doigt dans mes côtes. Elle voulait que je regarde les jambes de la vieille dame qui portait une jupe déchirée à la hauteur des cuisses. Je jette alors un coup d’œil pour m’apercevoir que sous la peau de ses jambes, on peut voir de long vers qui bougent lentement. Plus tard, je me suis fait expliqué que les vers microscopiques qui se trouvent sur le sol extérieur peuvent s’infiltrer par les fissures microscopiques sous les pieds lorsque l’on marche et aller se loger sous la peau des jambes et ainsi se nourrir de l’hôte. C’est pourquoi il est de mise de toujours porter des sandales lorsque l’on marche à l’extérieur, surtout si l’on a des plaies aux pieds.
Après cette rencontre très étrange de la dame aux vers, on rencontre un Français qui n’a pas sa langue dans sa poche. Il essaie de nous impressionner avec ses histoires abracadabrantes et ses connaissances sur l’Inde. De plus, il boit beaucoup d’alcool et le con va s’engueuler avec le propriétaire du restaurant d’à côté sans raison apparente.

On a demandé au fils de la propriétaire de notre hôtel des détails sur le carnaval de ce soir. Il nous a simplement dits que c’était vraiment minable. Il avait raison. Il s’agit d’une centaine de personnes qui se lancent des ballons remplis d’un liquide fluorescent dans tout le village. Ils font plus de bruits qu’autres choses.



Je suis vraiment écoeuré! Je contrains Valérie de quitter Benaulim. Je ne veux pas rester deux semaines de plus comme nous l’avions décidé. J’achète deux billets d’autobus à Margao et nous quittons l’État de Goa le 6 mars au soir pour la ville de Bangalore.
Le centre-sud de l’Inde
7 mars
En cour de route, un couple de bostonnais est monté dans notre autobus. Le gars est un architecte et il nous montre ses dessins. Pour lui, les photos n’ont pas d’âme. Le dessin est sa façon de prendre des photos durant son voyage. En plus, il dessine magnifiquement. Il a même dessiné certains endroits que l’on a visités. Sa femme est décoratrice et elle aussi a fait des dessins, mais des intérieurs de bâtiments, tout aussi fantastiques. À cette époque, je voulais être architecte et j’avais déjà fait ma demande pour être admis à l’université Laval à Québec, mais aussi en urbanisme à l’université de Montréal. En revenant de voyage, le choix ne sera pas difficile, surtout quand on est refusé en architecture. Mais je ne regrette pas du tout l’orientation qu’ont prise mes études. Surtout lorsque j’ai pu faire autant de liens entre mes cours et mon voyage en Inde. Maintenant, ma maîtrise est en lien avec l’Inde qui est une de mes études de cas.
Après ce bref détour dans le futur, on arrive enfin à Bangalore. On avait décidé de changer à nouveau notre date de départ pour la fin du mois de mars. Valérie est vraiment fatiguée et elle s’ennuie de plus en plus du Québec. On va directement au bureau de KLM de la ville pour se faire dire qu’il n’y a pas d’avion qui décolle de Bangalore pour notre destination. On n'a pas le choix de revenir à Mumbai. Ce n’est pas grave, on fait les changements et on se trouve un hôtel. Après toute une nuit à voyager dans l’autobus, on a besoin de sommeil et on dort toute l’après-midi jusqu’au lendemain matin.
8 et 9 mars



Ce que j’aime de cette ville, c’est la diversité de ces lieux et la grande quantité et qualité de ses parcs. Malgré sa grande pollution et le bruit omniprésent, les grands parcs à l’anglaise nous isolent de cette ambiance infernale de la ville. Ce n’est pas le cas de notre chambre d’hôtel qui nous isole de rien. Durant la nuit, un chargement de roche a été vidé dans la cour arrière de l’hôtel à bras d’homme durant près d’une heure. Le comble, après une heure de silence total, un groupe d’Indiens a quitté l’hôtel dans un vacarme incroyable vers les cinq heures du matin. J’oubliais, lorsque vous êtes dans votre chambre, vous devez toujours fermer à clé votre porte, sinon on viendra vous faire une petite visite impromptue dans votre chambre : une porte non close est un message de bienvenue en Inde. Si vous voulez la paix, ce qui est difficile à avoir dans ce pays, fermé bien votre porte.
10 mars
Après un parcours sans encombre de 3h30 en autobus pour une distance de 130 kilomètres (faites le calcul et vous connaîtrez la vitesse moyenne des déplacements en autobus au pays), nous arrivons dans la magnifique ville de Mysore. Après avoir débarqué nos vélos du toit de l’autobus et remonté nos bagages sur les vélos, nous allons droit vers l’auberge de jeunesse qui se trouve en banlieue à trente minutes à vélo. Le déplacement en valait la peine, le directeur de l’auberge est extraordinaire et nous accueille merveilleusement, surtout lorsqu’il apprend que nous sommes Canadiens. En 1994, il a visité durant près de six mois notre pays, il connaît assez bien nos coutumes et nos besoins. Il nous offre un dortoir pour nous seulement ainsi qu’un accès à Internet sur son ordinateur gratuitement. Il nous offre même les repas avant les gros groupes de visiteurs Indiens. C’est le meilleur accueil que nous ayons eu depuis le début de notre voyage pour un hôtel.

11 mars


En redescendant de la montagne, on utilise les services d’un rickshaw pour la première fois de notre voyage pour se rendre au palais de Mysore. Pour 30 roupies, on fait un tour de 10 minutes dans ce petit bolide motorisé qui donne un peu mal au cœur tellement l’odeur des gaz d’échappement sentent mauvais.



On fait le tour des jardins qui l’entourent et nous nous faisons photographier avec des gardes dans leurs habits datant d’un autre siècle. Après la séance de photos, ils vous rappellent que vous devez leur donner un certain montant d’argent pour les photos. Rien n’est gratuit en Inde, même si le coût est peu élevé.




12 mars
On laisse nos vélos et une bonne partie de nos bagages à l’auberge de Mysore pour se rendre en autobus dans le parc de Bandipur un peu plus au sud du pays. En se rendant à la station d’autobus public, on rencontre une Autrichienne, Christina, qui voyage seule. Elle attend comme nous un autobus pour se rendre dans le sud, mais on apprend que la ville au complet vient de décider de faire la grève et ça inclut les transports. Avec Christina, on se rend à une entreprise de transport privée. Il peut nous embarquer dans un autobus, mais dans deux heures seulement. On nous conseille de rester à l’intérieur d’un hôtel juste à côté car la ville est un peu trop en effervescence et il y a des risques pour les touristes. À l’heure du départ, on nous fait entrer dans un petit autobus où déjà toutes les places sont déjà prises. Par chance que l’on n’est pas gros et que le voyage ne dure pas trop longtemps.
Quelques jours auparavant, à Bangalore, on avait réservé une chambre d’hôtel à 4 kilomètres de l’entrée du parc, sauf que nous n’avions pas prévu que l’on serait déposé directement à l’entrée du parc. On laisse donc faire pour la chambre de cet hôtel, on verra ce qu’il y a comme services dans le parc de Bandipur. Christina voulait continuer sa route vers le sud, mais elle décide de rester avec nous car il se fait tard. On paye pour un tour de safari dans le parc à 200 roupies chacun.




Juste avant de nous coucher, on entend un cri dans la hutte d’à côté. Un des Suisses sort en courant et il dit qu’il a vu une immense araignée poilue dans son lit. Tout le monde se retrouve dans sa hutte pour voir le spécimen. Pas de chance, il a disparu. On se demande tous s’il n’a pas rêvé. La nuit sera tranquille. J’entendrais seulement les insectes volés autour de nous durant la nuit. Par chance que l’on a toujours notre filet protecteur avec nous.
13 mars

Le directeur nous mentionne la présence d’un groupe d’universitaire à l’auberge et nous demande si l’on veut parler devant ce groupe de notre péripétie à vélo dans leur pays. On accepte avec joie. De plus, un journaliste est présent à la petite rencontre informelle. Puisque j’ai expliqué notre parcours pratiquement tous les jours à la plupart des Indiens que nous rencontrions, ça n’a pas été difficile d’expliquer à nouveau notre voyage. La rencontre a durée tout de même trois heures et après une séance de photos, je suis parti avec le directeur en scooter pour aller chercher à souper car il n’y a pas de repas à l’auberge ce soir du fait que nous étions les seules à y manger. Il nous a même payé le repas.
14 et 15 mars
Nous restons toute la journée à l’auberge car la nuit prochaine sera longue. Nous allons encore voyager de nuit en autobus sur une très grande distance pour aller visiter les ruines d’un grand royaume indien. Je me rappelle bien cet après-midi sous le portique de l’auberge. Nous regardions le décor du vaste terrain qui entoure l’auberge et nous vîmes un immense lézard sur une branche d’un grand arbre. Valérie me rappela alors ce que je lui avais dit la première fois que nous avions vu un petit lézard dans la salle de bain de l’une de nos chambres d’hôtel (voir la photo du 25 janvier) : « Ne t’en fait pas Valérie, il ne bougera pas et ça ne tombe jamais un lézard. » Elle avait peur que le lézard lui tombe dessus pendant qu’elle était à la toilette. Le maudit gros lézard dans l’arbre m’a fait mentir! Au moment où je voulais le prendre en photo, il est tombé de sa branche. Je vous garantis que Valérie, quatre ans plus tard, me le rappelle encore.
Le parcours en autobus de nuit se passait bien, mais Valérie, chanceuse comme elle est, à un arrêt dans une gare s’est fait toucher un sein pendant qu’elle était au toilette en pleine noirceur. Elle est revenue en hurlant dans l’autobus et elle sacrait sans cesse à propos des maudits Indiens. J’étais encore tout endormi quand elle rentra en hurlant et je ne compris rien de son histoire de sein et d’un vieux cochon. Elle ressorti dehors et alla voir le gardien de la gare qui alla voir dans les toilettes, mais il n’y avait plus de traces de l’homme en question. Après avoir assez crié, elle est venue se rasseoir dans l’autobus et ne trouvant pas de bon goût le sandwich qu’elle venait d’acheter, elle le lança par la fenêtre de l’autobus de toutes ses forces. « Bon, ça va mieux?? » lui dis-je. Elle me regarda d’un drôle d’air et partie à rire. Ouff, sa crise de vengeance est passée!
Au petit matin, on arrive enfin à Hospet. Nous sommes trop fatigué pour nous rendre directement à Hampi à vélo et nous allons dormir toute la journée jusqu’au lendemain matin dans un petit hôtel près de la gare.
16 au 20 mars






Voici quelques photos de nos trois autres journées dans cette merveilleuse région qui entoure le village de Hampi. Je conseille à tous les voyageurs qui visiteront l’Inde que cet endroit est un incontournable. De plus, durant la période du mois de mars jusqu’à la mousson, il y a très peu de touristes du fait de la chaleur écrasante dans la région.



















Ces photos représentent un peu l’ambiance incroyable qu’il y avait à Hampi, dans un décor digne de l’âge de pierre et, à d’autres endroit, digne d’un des plus grands royaumes des Indes. La dernière journée fut ternie par une forte fièvre chez Valérie qui dépassait les 102°F (43°C). Toute la nuit, j’ai mis la sonnette pour qu’elle me réveille à toutes les heures pour vérifier sa température et ensuite lui faire prendre une douche froide le plus souvent possible pour diminuer un peu sa fièvre. Le lendemain matin, elle allait déjà mieux et nous quittions ce fourneau infernal qui dépassait facilement les 40°C à l’ombre à midi. Ce n’est pas l’idéal quand on a la fièvre. C’est dommage qu’elle n’ait pas pu profiter pleinement de ce lieu unique comme j’ai pu le faire. Mais la fatigue a gagné Valérie et il est temps pour nous de retourner à Mumbai pour prendre notre avion.
21 au 26 mars
Ça a du bon de finir par une ville que l’on connaît bien. Le stress est pratiquement disparu et le choix d’un hôtel est facile à faire : on revient au même. De plus, le concierge nous reconnaît et nous offre la même chambre avec une vue sur la rue principale. Ça fait déjà un mois que l’on est passé par ici et les rénovations dans la rue sont toujours au même point. Malgré la vitalité de cette mégapole, c’est toujours au rythme des bras que les grands travaux se font. Ça, c’est l’Inde. Toujours ces extrêmes qui me fascineront à jamais. Je crois que l’Américain avait raison, le pays change, il s’adapte au reste de la planète, mais ces gens vont toujours rester des Indiens. Leur culture en fait un monde unique qui ne sera jamais englouti par la culture du Big Mac.
On s’offre un dernier plaisir : marchander des boîtes de carton dans le vieux quartier de Kalbadevi, un bazar datant de l’époque coloniale anglaise. Chaque secteur de ce bazar est hautement spécialisé. Nous savions immédiatement que nous étions au bon endroit quand on a aperçu les immenses piles de boîtes attachées ensemble le long des trottoirs. On a beaucoup à apprendre de ces peuples où les déchets ont une valeur marchande. Pour pouvoir envelopper nos deux vélos pour le transport en avion, ces boîtes de carton nous étaient indispensables. Je devais débourser un montant de 5$ Ca, une vraie fortune, surtout quand ils ne servent qu’à protéger des vélos.
En écrivant ces dernières lignes, j’ai l’impression de quitter à nouveau ce pays. J’ai des papillons au ventre. La seule différence est qu’à l’époque, j’avais hâte de quitter pour retrouver mon chez moi. Aujourd’hui, en 2005, le fait d’avoir écrit ce journal, c’est plutôt une impression d’ennui qui m’envahit. Ce pays me manque beaucoup malgré les souffrances qu’il m’a fait subir et je crois que c’est la même chose pour Valérie. Elle fait souvent référence à l’Inde.
À minuit, notre taxi nous emmène à toute vitesse à l’aéroport avec nos vélos. Pour faire changement, l’avion est retardé comme à Amsterdam avant d’arriver en Inde. Je ne suis pas capable de fermer l’œil car je surveille toujours notre équipement tout comme lors de nos déplacements en autobus. C’est devenu un réflexe chez moi.
Enfin, l’heure de l’embarquement est arrivée. À l’enregistrement de nos bagages, on nous fait perdre du temps parce que mes boîtes enveloppant nos vélos ne sont pas parfaitement rectangulaires sur le dessus. Pour la première fois, c’est moi qui se fâche. Ma patience est à bout. Après deux minutes de négociation, il laisse passer nos bagages. Dans les deux avions qui nous conduisent à Montréal, je ne vais pas dormir du tout. Mon père, qui prépare depuis bientôt deux mois le déménagement à Québec, est venu nous chercher en voiture. Ce n’est que rendu à Québec que j’ai enfin dormi pour de vrai. C’est étrange de ressentir à nouveau cette sécurité. Je ne m’étais pas rendu compte jusqu’à quel point j’étais en mode survie durant tout ce voyage.
Aujourd'hui
C’est incroyable comment les souvenirs reviennent avec tant de détails, mais je n’ai écrit ici qu’une infime partie de mes souvenirs. Déjà, quelques amis ont lu mon récit et on me conseil d’en faire un livre. On verra. Si vous avez pris la peine de lire tout mon récit, ce qui est déjà un exploit, j’aimerais connaître vos impressions. Elles sont d’une grande importance pour moi, positives ou négatives. Je n’ai pas compté les heures à écrire tout ceci, mais j’en suis fier et j’espère vous avoir donné le goût d’en connaître un peu plus sur ce merveilleux pays. J’ai un autre récit que je veux écrire, cette fois-ci, sur le Guatemala. Le site existe déjà pour les photos et le récit risque d’être tout aussi intéressant que celui de l’Inde. Et pour ceux qui voudront en savoir plus sur le bénévolat en Inde et sur ce merveilleux pays, revenez me voir sur mon site Kolkata 2007.
Philippe Gingras